Edito mars 2019

Entre leurres et réalités.

péage autoroutesL’influence du mouvement social en cours se fait ressentir dans de multiples domaines. Il n’est pas de sujets en débat qui ne soient imprégnés des attentes qu’il exprime.
Ce mouvement a entrouvert des portes qui, jusqu’à peu, semblaient totalement verrouillées.

Cependant, ne le cachons pas, l’essentiel reste à faire. Comment parvenir à imposer de réels changements dans les orientations qui ont prévalu jusqu’à ce jour et qui ont conduit à l’actuelle situation ?

Il y a un peu plus d’un mois, l’épisode pittoresque d’un gouvernement implorant l’aumône des concessionnaires pour calmer l’exaspération sociale ne l’a pas empêché de ratifier une nouvelle hausse des péages de 1.9%. Cela leur permettra d’empocher chaque année 200 M€ supplémentaires sur le dos des usagers.
Cette aumône concernant les trajets réguliers ne concernera qu’une infime partie des usagers en raison des conditions d’obtention très sélectives et par le fait que la plupart des tronçons les plus fréquentés par les trajets réguliers font déjà l’objet de mesures spécifiques.

Dans la dernière période, un faisceau d’initiatives méritent d’attirer l’attention, d’autant que nous n’y sommes pas pour rien.
Le système des concessions autoroutières est largement reconnu hermétique aux préoccupations d’intérêt général. Nous sommes donc intervenus à tous niveaux pour qu’il soit profondément réformé.
De récentes propositions parlementaires vont dans ce sens.
Tout d’abord nous avons suivi avec intérêt le débat sénatorial au sujet du projet de loi de nationalisation des sociétés concessionnaires d’autoroutes qui s’est tenu le 7 mars.
Malheureusement l’audace n’était pas totalement au rendez-vous puisque ce projet n’a pas été adopté. Le débat qu’il a occasionné est très riche d’enseignements. Nous invitons nos lecteurs à en prendre connaissance. Il rebondira à nouveau puisque un projet de loi similaire sera prochainement soumis aux députés.
D’autre part, plusieurs parlementaires de l’Essonne ont déposé des demandes de commissions d’enquête relatives aux concessions autoroutières.
Enfin, dans le cadre de l’examen de la Loi d’Orientation sur les Mobilités qui vient de débuter au Sénat, huit sénatrices et sénateurs de l’Essonne et des Yvelines ont déposé un amendement commun préconisant la suppression du péage sur les tronçons franciliens de l’A10 et de l’A11.

Ces initiatives judicieuses n’entament pas notre lucidité, car les sociétés concessionnaires ne manquent pas de supporters subjugués par ces formidables machines à dividendes.
C’est dans ce contexte en effervescence que viennent d’être publiés les bilans financiers 2018 des sociétés concessionnaires d’autoroutes.
Pour nous en tenir à COFIROUTE, concessionnaire de l’A10-A11, relevons que grâce à l’inébranlable complaisance de l’Etat, la gabegie se poursuit de plus belle.
En effet, son chiffre d’affaires s’élève à 1581.1 M€, et son résultat net à 489.3 M€ (+7%/2017), soit un ratio de profitabilité de 30.9%. Les dividendes versés aux actionnaires s’élèvent à 583 M€, soit 120% du résultat net et près de 7 fois la masse salariale de l’entreprise. Le concessionnaire bénéficie par ailleurs du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) à hauteur de 2.1 M€ alors que les emplois se réduisent chaque année (-3.4%/2017, -33% en 10 ans).

En 2015, alors que l’Etat s’accordait clandestinement avec les concessionnaires pour prolonger la durée des concessions et leur garantir des augmentations tarifaires dans la durée, pour faire passer la pilule, on nous annonçait – et on nous assure toujours – que des clauses de limitation de la profitabilité ont été introduites dans les contrats.
Les bilans financiers montrent ce qu’il en est…

Dans ces conditions, la pertinence de notre proposition de financer les mesures de correction des disparités territoriales dans l’accès aux autoroutes – dont la gratuité de l’A10 et de l’A11 franciliennes – par une taxe sur les dividendes versés par les sociétés concessionnaires permettrait de combler utilement cette lacune.

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