Edito avril 2018

Vampires, populations et territoires

La réponse du gouvernement à une question d’un sénateur demandant la gratuité est révélatrice de l’incurie récurrente de l’Etat.

Elle tient en une phrase :

Il conviendrait de procéder au rachat du péage pour l’intégralité des trajets réalisés sur cette section, et ce jusqu’à la fin du contrat de concession de Cofiroute. Cela représenterait un montant estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, financés par les contribuables, ce qui paraît disproportionné à ce stade.

C’est, mot à mot, le même discours d’impuissance tenu depuis 15 ans par ses  prédécesseurs. Pour lui donner l’apparence du sérieux et pour décourager ceux qui veulent faire prévaloir l’intérêt général, ce discours est doublé d’une estimation financière complètement extravagante.
C’est la raison pour laquelle nous venons de publier notre point de vue sur la question.

L’autre face de la réponse du gouvernement est en revanche plus surprenante.

On apprend que, suite à l’offensive parlementaire de l’automne 2014 contre la politique autoroutière de l’Etat, les contrats historiques ont été modifiés pour insérer deux clauses de limitation de la rentabilité des sociétés concessionnaires d’autoroutes :

  1. la première contraint l’évolution des péages et prévoit même leur diminution si le chiffre d’affaires annuel du concessionnaire dépasse certains seuils ;
  2. et la seconde prévoit une anticipation de la fin de la concession, si le chiffre d’affaires cumulé depuis la privatisation de 2006 dépasse, lui aussi, un montant fixé au contrat.

Or, comme chacun le sait, les prix des péages autoroutiers se sont envolés au 1 février dernier, alors que les bilans financiers des concessionnaires n’ont jamais été aussi resplendissants.

En 2016, les résultats de Cofiroute, concessionnaire de l’A10 et de l’A11, font apparaître deux records historiques.

  1. Le premier concerne précisément l’indice de rentabilité de la concession ou le ratio CA/résultat net dépasse les 32%, alors qu’il est en moyenne de 29% pour les autres concessionnaires.
  2. Le second, a de quoi révolter les plus calmes. En 2016, les dividendes versés aux actionnaires de Vinci représentent plus de 6 fois le résultat net.

Dans ces conditions, nous avons interpellé le Président de la République, le Premier ministre et les ministres en charge des transports pour leur demander comment ont été et vont être appliqués à Cofiroute les clauses de limitation de la rentabilité.

Si réponses il y a, elles ne manqueront pas d’intérêt !

Un dernier mot pour saluer l’arrivée de nombreux élus dans le Comité pour la gratuité. A la suite des multiples entretiens que nous avons eus récemment avec les parlementaires de nos territoires, nous sommes frappés par le contraste entre leur soutien à une revendication d’intérêt général et l’herméticité des cabinets ministériels.

C’est assez logique. Les uns sont souvent proches des besoins des populations et des territoires, les autres sont très proches des conseils d’administration des géants européens du BTP : de leurs vaches à lait, les sociétés concessionnaires d’autoroutes et de leurs vampires, les actionnaires.

actionnaires vampires

Les actionnaires des concessions d’autoroute : des vampires !

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